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Analyse Maschine JAM

Publié le septembre 12th, 2016 | par Aken

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Quel avenir pour le Maschine JAM ?

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Si vous étiez sur terre ces derniers jours, vous n’avez pas pu manquer la news de la semaine émanant de Native Instruments. La compagnie vient d’annoncer la sortie imminente de son tout nouveau contrôleur dédié, le Maschine JAM. Sorte d’hybride entre un APC 40 et un Push 1 conçu pour faciliter la création musicale au sein de l’écosystème NI, le Maschine JAM étonne. Qu’est-ce que c’est précisément ? À quoi sert-il ? Le Maschine JAM a-t-il un avenir ?

Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

Il y a quelques jours, donc, NI annonçait le Maschine JAM, leur tout nouveau “système de production et performance” conçu pour “concevoir et séquencer vos tracks de manière rapide et intuitive” et “programmer des rythmes, mélodies et accords avancés”.

Sur la vidéo de promotion, on voit un type exécuter une performance sur ce nouveau contrôleur plein de couleurs lumineuses et clignotantes. La musique est bonne, l’exécution a l’air aisée, c’est séduisant.

Avec ses 111 boutons (64 RGB pour le grid, 8 RGB pour les scènes, 8 RGB pour les groupes, 31 pour les fontions), ses 8 touchstrips, son encodeur et sa croix directionnelle, le Maschine JAM est un bel objet avec un nombre assez hallucinant de contrôles pour un prix vraiment abordable (399 $), surtout quand on connaît la qualité habituelle des produits de la marque.

Quand on se penche un peu sur les descriptions proposées par le site officiel, on se rend compte que l’appareil répond à quelques limitations rencontrées sur les contrôleurs actuels. Avec le Maschine JAM, il est désormais possible d’avoir accès directement à 8 groupes en simultané, pour lesquels il sera possible de choisir le pattern ou encore de régler le volume. Même si cela n’a rien de révolutionnaire, NI a poussé l’idée de la simultanéité un peu plus loin en proposant un step sequencer qui permet de programmer le rythme de 4 pistes sur une même page.

Séquenceur du Maschine JAM

Parmi les nouveautés, on note également l’adoption des touchstrips à la place de ce qui aurait pu être des faders. Les touchstrips ont plein d’avantages. Tout d’abord ils sont numériques, ce qui fait que, comme avec les potards infinis, il est possible d’enregistrer plusieurs valeurs différentes (stacking) et de les rappeler à n’importe quel moment. Vous pouvez donc naviguer sur différentes pages de volumes ou d’effets sans que cela soit un problème. Au final vous vous retrouvez potentiellement avec un nombre infini de faders plutôt que 8 lorsqu’il s’agit de faders mécaniques. L’autre avantage des touchstrips c’est qu’ils sont plats. Votre contrôleur est en conséquence plus fin et aussi plus solide.

Les touchstrips du Maschine JAM

Native Instruments a choisi d’exploiter au maximum les touchstrips en ne les assignant pas seulement pour les volumes et les effets, mais aussi pour les notes, permettant ainsi la création de mélodies et accords par le glissement des doigts. De plus, ces touchstrips sont “dual touch”, ouvrant la voie à de très nombreuses combinaisons de gestes.

De manière générale, le Maschine JAM offre une vision et un contrôle beaucoup plus étendus de votre projet qu’avec les contrôleurs Maschine traditionnels. Il permettra éventuellement de réaliser une performance d’envergure sans nécessiter l’inclusion du logiciel Maschine dans un autre DAW, ce qui est, d’après moi, une des principales raisons d’être du contrôleur.

Concrètement, à quoi sert le Maschine JAM ?

Sur le papier, le Maschine JAM à l’air d’un jouet que tout le monde aimerait tenir entre ses mains quelques minutes pour laisser libre cours à son imagination. Le contrôleur à l’air intuitif et les fonctionalités annoncées sont interessantes en termes de workflow. Seulement cette sortie, qui intervient dans un contexte un peu particulier, a laissé dubitatif plus d’un utilisateur et je dois vous avouer que j’en fait partie. Evidemment, la première chose qui vient à l’esprit lorsque l’on découvre le Maschine JAM, c’est le 64 pads grid. Pendant longtemps je pensais que, justement, NI se distinguait de Novation, AKAÏ et Ableton en faisant perdurer la tradition MPC avec une architecture basée sur un 16 pads grid. Pendant de nombreuses années NI avait innové dans ce domaine et su imposer une vision de la performance ancrée dans la culture électro/hip-hop des premiers jours. Aujourd’hui c’est un peu destabilisant de voir le Apple de la création musicale se soumettre aux standards de la concurrence en proposant une manière de composer que beaucoup d’autres produits proposent déjà. Non pas que c’est forcément une mauvaise chose, car c’est au moins un signe d’ouverture, mais c’est juste surprenant. Les deux questions qui émanent de cet état de fait sont les suivantes : Le Maschine JAM est-il vraiment utile pour un utilisateur de Maschine ? Le Maschine JAM est-il éventuellement utile pour quelqu’un qui n’utilise pas encore Maschine ?

Pour un utilisateur de Maschine, j’ai déjà évoqué quelques points positifs plus haut : accès à la simultanéité des actions lors de la performance, nouvelles fonctions intéressantes pour la création et, globalement, une meilleur vision du projet en cours permettant éventuellement de ne reposer que sur le système de production Maschine.

Maintenant un certain nombre de défauts existent et feront probablement de ce contrôleur un “no go” pour ceux qui recherchent une expérience de création optimale.

  • Un des pricipaux défaults de l’unités est ses “pads” qui ne sont en fait pas des pads, mais des clic boutons. Dans la vidéo de promotion (à voir ci-haut) on voit le performeur effectuer du finger drumming (1:07) sur les boutons de droite. Pour avoir vu quelqu’un essayer le contrôleur, je peux affirmer avec certitude qu’il s’agit d’une expérience assez déplaisante et qu’aucun musicien sérieux n’utilisera le Maschine JAM pour ce genre d’activités.
  • Ce qui nous ammène directement au second défaut d’envergure, celui de la redondance. Comme vous pouvez le voir sur les images, la plupart des fonctions présentes sur le Maschine JAM sont déjà accessibles depuis les contrôleurs Maschine (Studio, MKII et Mikro). La redondance est un peu un non-sens quand on est un performeur, puisqu’on essaye en général d’optimiser notre espace de travail en attribuant à chaque contrôle une ou plusieurs fonctionnalité(s) bien précise(s). Peut-être alors que le JAM se couple idéalement avec un Maschine Mikro, ou peut-être que l’adoption d’un Push 2, solution plus radicale, paraîtra plus logique.
  • Enfin les touchstrips, qui représentent clairement un moyen idéal d’économiser l’espace, possèdent un inconvénient qui explique pourquoi la technologie ne s’est pas encore répendue. En effet, celle-ci n’est pas nouvelle. J’ai moi-même possédé un Livid Base, un excellent contrôleur également muni de 8 touchstrips. Au début c’est incroyable. Glisser ses doigts pour contrôler un nombre incalculable de paramètres est une vrai bénédiction. Puis on se heurte rapidement à un problème de taille : ce n’est pas précis du tout. Contrairement à un knob ou un fader, ou vous pouvez, au choix, lentement ou rapidement faire progresser votre valeur entre 0 et 127 en ayant l’assurance de pouvoir vous arrêter a un endroit précis, les touchstrips ne vous permettent que de viser des valeurs approximatives. Si vous êtes un musicien méticuleux, vous allez vous retrouver a fixer des yeux votre touchstrip pendant de longues secondes tout en l’écrasant lentement avec votre doigt dans l’espoir d”atteindre la bonne valeur.

Si vous n’êtes pas un utilisateur de Maschine, vous avez peut-être un Launchpad, un Push, ou un APC et vous utilisez probablement Aleton Live ou Bitwig. Dans ce cas c’est d’autant plus compliqué, puisque le JAM ne vous apportera pas grand chose que vous ne possédiez déjà. Le 64 pads grid avec le step sequencer et le note sequencer, vous l’avez déjà. Le drum grid avec le note repeat, vous l’avez déjà. Peut-être vous manquera-t-il quelques fonctions intéressantes, telles que le très cool arpéggiateur de notes et d’accords, la superposition des step sequencers ou les effets et banques natifs de NI qui offrent au musicien une solution complète “ready to go” de très haute qualité. Mais sachant que le JAM est dénué de pads, vous allez être obligés de coupler ce dernier avec un autre contrôleur de la gamme Maschine si vous souhaitez accomplir une véritable performance.

Machine MKII et Maschine JAM

Pour répondre aux questions précédemment posées, le choix d’acheter ou non un Maschine JAM dépendra essentiellement de votre dévouement aux produits Native Instruments ou à la gamme Maschine. Si vous ne possédez aucun hardware estampillé NI, vous n’allez surement pas vous précipiter pour vous procurer ce nouveau contrôleur si ce n’est pour éventuellement tenter de le mapper, puisque vous trouverez des solutions bien plus complètes chez la concurrence. En revanche, si vous possédez déjà un élément de la gamme Maschine et que votre budget vous le permet, peut-être que ce contrôleur améliorera votre workflow. Dans ce cas vous devrez probablement envisager de ne vous concentrer que sur Maschine et ainsi abandonner l’intégration dans un DAW afin d’optimiser les ressources matérielles et logicielles de votre performance. En effet, le Maschine JAM est principalement utile pour celui qui n’utilise pas seulement son Maschine pour droper des idées musicales à la volée ou mettre en oeuvre des routines de finger drumming, mais pour celui qui souhaite réaliser un travail de composition complet ou une performance qui tient sur la longueur.

En ciblant ce type d’utilisateurs, NI s’engage sur une voie nouvelle en offrant une solution d’autonomie qui se veut pertinente. Reste à savoir si cette solution est assez viable pour eux et pérenne pour nous. Pour cela il faudrait que les utilisateurs fassent confiance à la marque et embarquent tout en sachant qu’il existe des alternatives à la fois plus souples et étendues en termes de possibilités. En quelque sorte, acheter un Maschine JAM n’est pas uniquement un choix en termes de workflow, mais c’est aussi un pari sur la faculté de NI à faire évoluer une gamme qui n’est pas exempt de défauts.

Conclusion : Quel avenir pour le Maschine JAM ?

Native Instruments a toujours été une entreprise tournée vers l’avenir avec comme caractéristique de toujours proposer des produits (logiciels et matériels) de très grande qualité. Pourtant, l’histoire récente de la marque n’est pas uniquement couronnée de succès. La gamme S8/S5/D2 était un changement assez drastique dans l’univers du contrôleur DJ, mais aussi une gamme assez impopulaire. Cela s’explique non pas que par un éventuellement discutable choix conceptuel, mais aussi par une attitude délibérée de repli sur soi grandissant au fil des années. Mon analogie avec Apple en début d’article n’était pas fortuite et je ne suis, par ailleurs, pas le premier à la faire. La stratégie est exactement la même : du contenu exclusif/novateur dans un système fermé.

Dans l’écosystème Maschine, la dernière réelle avancée remonte à 2013 avec la sortie de Maschine Studio qui venait concurrencer la sortie, 8 mois plus tôt, du Push d’Ableton. Depuis, les seules nouveautés n’ont été que les banques de sons et l’upgrade 2.2 qui activait une feature cachée du Maschine Studio (les knobs touch sensitive, un scandale). Pendant ces 3 dernières années, Native Instruments était trop occupée à marketer ses claviers hors de prix optimisés pour Komplete, son format propriétaire STEMS, ou encore son autre format propriétaire NKS. Pendant ce temps là, les utilisateurs de Maschine, qui voyaient les incessants développements de Bitwig et Live ainsi que la mise sur le marché des contrôleurs hors du commun et ouverts tels que le Launchpad Pro ou le Push 2, n’avaient plus que deux options : attendre désespérement en se contentant des banques de sons à 50 $ l’unité, ou partir.

Parmis ceux qui sont restés, de nombreux utilisateurs ont tentés (et j’en fait partie) de faire entendre leur voix en exprimant leurs souhaits, en expliquant quelles sont les limitations majeures de Maschine et quelles sont les solutions qui existent déjà. Cette année, voyant que les forums s’enflammaient dû aux utilisateurs mécontents, NI avait publié une lettre ouverte pour rassurer tout le monde. C’est probablement la raison pour laquelle le Maschine JAM est décevant en un sens, les utilisateurs de Maschine qui ont fait confiance à la marque pensaient que des fonctionalités allaient être développées pour remettre leur logiciel/matériel à la page dans ce milieu qui évolue si vite. Au lieu de ça, ont leur propose de dépenser 400 $ pour une sorte d’APC 40 RGB.

La stratégie globale de Native Instruments est peu claire, même si ce nouveau contrôleur est intéressant. Il est difficile de dire aujourd’hui si celui-ci va être un incontournable ou non dans le paysage des contrôleurs MIDI, mais il est cair que, même s’il n’arrive pas à sauver la gamme Maschine, il représente un bon potentiel de mapping pour d’autres utilisations avec ses très nombreux boutons et ses faders numériques.


4 réponses pour Quel avenir pour le Maschine JAM ?

  1. Flo dit :

    Super article. Alors en ce qui concerne les touchstrips et leur problème de précision, apparemment il sera possible comme c’est le cas sur les maschines actuelles de régler des valeurs plus finement en maintenant la touche shift enfoncé.

    • Aken dit :

      Merci ! Effectivement c’est une bonne nouvelle. Par contre je ne sais pas si c’est une bonne idée de réquisitionner les deux mains pour changer le volume d’une piste en situation de performance :p

      • Flo dit :

        Ouais je me suis posé la même question :) mais heureusement pour nous le bouton shift est placé pas très loin et on devrait pouvoir l’atteindre avec le pouce mais bon galère tout de même. Le mieux serait d’avoir 2 ou 3 modes de sensibilité différents.

  2. Jam Master Jay dit :

    Perso, moi je m’en fiche, j’ai 4 bras !
    :p

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