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Publié le avril 24th, 2015 | par Aken

Native Instruments est-il à la dérive ?

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Les dernières news et sorties provenant de Native Instruments ont semé le trouble dans l’esprit des DJs. Qu’essayent-ils de nous vendre ? Vont-ils dans la bonne direction ? Sont-ils des pionniers de l’innovation ou s’essayent-ils à des stratégies sans avenir ? DJTUTO va tenter de vous fournir des réponses dans cette news un peu spéciale.

Résumé des faits

Tout a commencé en mars lorsque les premières rumeurs d’un nouveau contrôleur NI sont arrivées. Ce ne sera pas un Z2 MKII ni un F1 MKII, comme nous l’avions prévu, mais presque, puisqu’il s’agit du Traktor Kontrol D2. Le D2 semble alors être une sorte de successeur du FI, ou un F1 amélioré, prévu pour remplacer les platines dans un setup traditionnel de type platine-mixeur-platine. Il est notamment présenté aux côtés du Z2, un mixeur analogique/numérique vendu par Native depuis 2012.

Finalement annoncé le 7 avril, le D2 s’avère être ni plus ni moins qu’un tier du S8, comme si un des decks avaient été désolidarisé de l’unité. Un Slider, 8 pads, 4 faders, 8 knobs, 2 encodeurs, un écran LCD couleur et quelques boutons sont donc à votre disposition pour la modique somme de 500 $. 500 ? Deux fois et demi le prix d’un F1 ! Plus cher qu’un S2 pour un vulgaire contrôleur numérique qui n’embarque ni logiciel ni carte son.

Durant la même période, NI annonce le lancement d’un nouveau format de fichier audio, le Stems. Les fichiers Stems sont des fichiers Mp4 audio constitués de plusieurs pistes audio séparées. Le but est de pouvoir les utiliser dans un contexte de mix, à l’aide d’un logiciel prévu à cet effet (Traktor, Serato, Virtual DJ, etc.), pour pouvoir facilement sélectionner la piste que l’on souhaite utiliser. On ne critiquera pas la naissance d’une telle technologie qui trouvera, à n’en pas douter, de nombreuses applications. Par contre, on se demande sincèrement si les artistes ou les labels vont faire l’effort de fournir au monde les pistes séparées de leurs œuvres dans un contexte où les droits d’auteur continuent à poser un problème. Il est par contre évident que ce format de fichier va accélérer la diffusion des tracks dont les pistes sont rendues publiques lors des concours de remix.

Musikmesse

Quelques jours plus tard, une nouvelle annonce est apparue lors du Musikmesse 2015 qui se tenait du 7 au 10 avril à Francfort. Nous nous attendions à quelque chose en rapport avec Maschine ou Traktor, ces deux logiciels qui commencent à prendre la poussière. Nous n’avons eu qu’une update réservée aux acheteurs d’un des claviers MIDI de la gamme S-Series. Ces derniers auront désormais le droit d’utiliser gratuitement 10 instruments et effets de la gamme Komplete ((Cette gamme logicielle porte le doux nom de Komplete Select.)). Encore une fois, on ne se plaindra pas d’une telle amélioration, mais on ne manquera pas de noter qu’il était quand même absurde de vendre un clavier aussi cher (500 à 700 $) doté de fonctionnalités inutilisables sans débourser un 500 $ supplémentaire (Komplete 10).

Native Instruments, princes de l’EDM ?

Nous avons déjà posé cette question auparavant, mais nous le faisons encore aujourd’hui : Quelle est la stratégie de NI ? Est-ce que leurs équipements matériels valent encore le coup ?

Avec l’update de la gamme Komplete et la création du format Stems, il est clair que NI cherche une meilleure intégration de ses produits. Plus précisément, une meilleure intégration de l’univers logiciel avec le matériel qu’il vend. Il s’agit donc de quelque chose qui ressemble fort à une restructuration de l’offre destiné à générer un maximum de profit. On ne peut pas vraiment leur en vouloir pour ça, encore faut-il que cette démarche ne soit pas adoptée au détriment de l’intérêt que leur porte les consommateurs. La stratégie est cependant peu claire, comme si NI voulait être présent sur tous les terrains en même temps : celui du modulaire (X1, F1, Z1, D2), celui du all-in-one (S2, S4, S8), celui du live (Maschine) et celui de la création “studio” (Komplete). Ce ne serait pas un problème seulement si la firme pouvait assumer sa fonction de leader sur tous ces terrains, ce qu’elle est loin de faire. Maschine est, malgré les dernières updates, encore trop incomplet pour être un logiciel de choix en live. L’offre all-in-one est trop faible face à la gamme de Pioneer, les claviers S-Series relèvent plus du gadget hors de prix que de la réelle avancée, et l’offre modulaire fait face à une concurrence féroce (AKAÏ, Novation, Livid, etc.).

Les prix pratiqués par NI se justifient cependant en grande partie par la qualité de construction de leurs produits, mais est-ce cela que veut le consommateur ? D’ailleurs, quel est le consommateur des produits NI ?

Choisir son camp : DJ vs Controllerist ?

Passer du modulaire à l’intégration, proposer les Stems ainsi que des solutions pour faciliter la production ((Entendre par là, la rendre plus facile d’accès et non pas l’enrichir, comme c’est, par exemple, le cas avec les nombreuses fonctionnalités proposées par Bitwig. L’utilisation de la modulation est facilité en autorisant la modulation de n’importe quel paramètre, ce qui enrichi la palette des possibilités sonores. Lorsque NI ajoute un arpégiateur qui illumine les touches du clavier, on est plus dans l’assistance.)), sont autant d’indices sur la volonté de NI de se concentrer sur le secteur de l’EDM. Le controllerist que je suis (parmi d’autres…) se sent de moins en moins concerné par les produits de Native Instruments. Le logiciel Maschine connaît trop peu d’updates, ce qui en fait un outil de moins en moins pérenne, tandis que le hardware proposé est beaucoup trop coûteux comparé à ses équivalents Novation ou AKAÏ. Le S8, bien qu’intéressant à certains égards, ne me tente pas plus que le D2, moi qui cherche une plus grande liberté d’action. Au contraire, le producteur d’EDM sera ravi de se consacrer au looping et au sample management dans un univers ultra contrôlé et segmenté. L’offre de NI est parfaite lorsqu’on ne veut pas prendre de risques, lorsque l’on est à la recherche d’un certain degré de standardisation, que l’on est plutôt DJ que controllerist.

Bien que seul l’avenir sera en mesure de nous le dire, la stratégie de NI semble un poil aventureuse sachant que, dans le domaine de la musique, le marché qui observe la plus spectaculaire expansion est celui des contrôleurs MIDI (15% de ventes supplémentaires par an) et qu’il reste encore une énorme marge à grignoter non pas auprès des DJs, mais auprès des instrumentistes, puisque le plus gros marché reste celui des guitares (1.3 milliards par an, soit dix fois plus que l’équipement DJ). Et il suffit de sortir un petit peu pour voir le shift déjà s’opérer : de plus en plus de DJs utilisent des moyens alternatifs pour jouer leurs samples en live tandis que de plus en plus d’instrumentistes s’équipent de contrôleurs pour augmenter leur instrument, enrichir leur prestation ou améliorer leur autonomie.

L’abandon des jog wheels sera-t-il suffisant pour résister à la métamorphose naissante de la performance électronique ? On en reparle très bientôt !

Et vous, comment orientez-vous votre pratique ? Plutôt DJ ou plutôt controllerist ?


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