Guide connexion

Publié le mars 18th, 2014 | par Aken

Le time-stretching temps réel : explications et comparatif des logiciels

Tags: , , , , , , ,

Le time-stretching temps réel est en train de devenir une fonctionnalité clé dans le monde du DJaying comme dans le monde plus large de la création musicale d’ailleurs. Quelles sont les options qui s’offrent à nous lorsque l’on veut changer la vitesse ou le pitch (la hauteur) de nos samples et quelles sont les meilleurs d’entre elles ?

Time-stretch vs transformation corrélée

Deux types de transformations existent dans le domaine des changement de durée/hauteur. La première est la transformation classique qui est issue des manipulations de bandes magnétiques et disques vinyles. Elle consiste à accompagner le changement de hauteur par un changement de durée et inversement (ce que nous avons appelé la « transformation corrélée »). C’est une technique naturelle qui n’altère pas la qualité de l’enregistrement car elle résulte d’un simple changement de la vitesse de la lecture. Quand on accélère la lecture d’un sample, il se termine plus vite et ses fréquences sont plus élevées. Logique. Dans le domaine numérique, on obtient le même effet par une pratique analogue nommée le resampling. C’est une technique très peu coûteuse en terme de temps de calcul et donc très facile à mettre en oeuvre en temps réel.

Le deuxième type de transformation est ce que l’on qualifie habituellement de time-stretching1. Il consiste à décorréler la durée de la hauteur et donc, vous l’avez compris, à changer la hauteur sans changer la durée et inversement. Ce procédé n’est pas naturel et exige l’utilisation d’un algorithme complexe et destructeur. C’est le nerf de la guerre actuel, puisque pour pouvoir appliquer du time-stretching en temps réel (très utile lorsqu’on mixe en sync), il faut pouvoir concevoir un algorithme qui soit peu gourmand en calcul, mais qui ne fasse pas trop pâtir la qualité du résultat non plus.

Quel type de transformation dans quelle situation ?

Le time-stretch naturel ou « corrélé » est surtout privilégié lorsque la qualité sonore est le premier critère à respecter. On l’utilise par exemple lorsque l’on mixe et qu’après transformation on se retrouve avec deux tracks dans la même tonalité : soit les tracks étaient au même tempo et dans la même tonalité, soit l’une des deux sonnait différemment, mais le changement de tempo a « accordé » sa tonalité à celle de l’autre track. Cette contrainte exige donc une sélection relativement stricte. À l’époque des vinyles, vous n’aviez pas vraiment le choix, puisque c’est automatiquement ce type de transformation qui était impliqué lorsque vous régliez le pitch de votre platine. On utilise également ce type de transformation avec le sampling en temps réel, comme lorsque vous connectez votre Maschine à Traktor et que vous déclenchez des samples pendant votre set en modifiant le paramètre « tune ». Le son va être plus grave ou plus aigu, mais sa durée va varier en conséquence. Cet effet est très utilisé dans le trap music, le footwork, et les nouvelles tendances deep/garage de la house où des voix de femmes deviennent des voix d’homme et inversement, sans perte de qualité et sans trop d’efforts fournis par votre ordinateur.

Le time-stretch « décrorrélé » est lui un peu différent. Premièrement il est destructeur et, même avec les meilleurs algorithmes, il vaut mieux éviter de dépasser les 5-10% de transformation pour ne pas défigurer le son. Ensuite c’est un traitement qui demande beaucoup de calcul et est en général réservé à la pratique en studio (pas en temps réel) pour profiter des meilleurs algorithmes possibles et donc de la meilleure qualité. En revanche, avec les récents progrès il semblerait que, malgré le côté toujours destructif et la barrière des 5-10% qu’il faut éviter de dépasser, tout le monde puisse désormais bénéficier du time-stretching en temps réel. La fonction, qui est déjà  particulièrement utile dans les séquenceurs dernière génération de type Live ou Bitwig, est désormais presque devenue un incontournable dans les logiciels de DJ, style Traktor ou Serato, Pourquoi ? Parceque le SYNC !

En effet, dans le DJaying numérique, la situation a bien changé par rapport au mix traditionnel. Le logiciel peut détecter le tempo et automatiquement l’ajuster. Lorsqu’il le fait sans effort, le pitch (la hauteur) de la track est également modifié. On est alors encore dans les vieilles habitudes : il faut bien prévoir son coup, c’est à dire sélectionner les tracks qui vont aller ensemble. Avec l’introduction du time-stretch décorrélé, il est possible d’ajuster le pitch seul une fois les deux tracks synchronisées (ou même avant, bien sûr). On peut donc mixer n’importe quelle track avec n’importe quelle track, du moment, bien sûr, que la correction du pitch ne soit pas trop sauvage (souvenez-vous, la règle des 5-10%).

Mixer dans Traktor5-10%, c’est peu, me direz-vous. En effet, c’est l’équivalent d’un intervalle d’un demi-ton (environ 6% de variation de tempo) à un ton (environ 12%). Vous pouvez par ailleurs vérifier cela avec ce pratique petit outil de conversion. Votre modification de pitch doit donc être mineure si vous souhaitez conserver la qualité de votre track. Dans l’exemple situé à gauche (image du mixeur dans Traktor), le paramètre « key » permet de changer le pitch indépendamment du tempo. On voit ici que le deck de gauche a été transposé 2.59 demi-tons au dessus (le maximum étant 12), ce qui commence à faire beaucoup. Dans un prochain tutoriel, je vous expliquerai d’ailleurs comment optimiser votre changement de pitch en choisissant la bonne tonalité2 (identique ou voisine).

Quels logiciels choisir ?

L’algorithme de time-stretching temps réel est depuis peu le nerf de la guerre entre les différents logiciels de DJ. Chacun a le sien et  l’implémente à sa manière. Il y a quelques années, Traktor était le leader incontesté du time-streching temps réel. Dans un comparatif de 2009, un de nos confrères DJ Markkus avait comparé un time-stretch de +/-27.2 % entre cinq algorithmes. Traktor avait ravi la palme, très proche du désormais discontinué Torq, devant Live et loin devant Serato. Certains lecteurs s’étaient cependant plaints de l’utilisation d’un pourcentage de time-stretch trop élevé pour le test. Un plus récent test entre les logiciels que sont Traktor, Serato et Virtual DJ change légèrement la donne. Dan White de DjTechTools à retenté un comparatif en choisissant différentes valeurs de time-stretch après la sortie de Pitch ‘N Time, le nouveau plug-in de Serato.

Comme vous pouvez le voir, bien que la qualité de Traktor reste un must, Serato est finalement passé devant depuis la commercialisation de son dernier plug-in. Virtual DJ est, dans ce test, loin derrière, même si on peut reprocher au testeur de ne pas avoir activé l’option avancée qui permet une meilleure qualité de time-stretch. Autre reproche également : de nombreux logiciels de DJ très prometteurs ont fait leur apparition ces dernières années et il aurait été intéressant de les mettre également sur le banc d’essai. Dans un dossier à venir, c’est ce que nous ferons. En attendant, vous en savez plus sur le time-stretch. Faites vos propres essais et n’hésitez pas à me faire part de vos résultats en attendant le grand dossier des comparatifs de logiciels de DJ !

  1. À vrai dire, le premier type est aussi du time-stretching, on fait surtout là référence à l’usage courant. []
  2. Petite déformation professionnelle :  on ne devrait en fait pas parler de tonalité, puisque la plupart du temps il s’agit de musiques modales. La tonalité est un système de hauteur plus complexe que celui généralement utilisé dans les musiques populaires. []

Revenir en haut ↑