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Entrevue julien

Publié le novembre 10th, 2014 | par Aken

Du studio à la scène : entretien avec Julien d’Örfaz

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On pourrait qualifier Örfaz de groupe de musique électro-rock moderne. La formation (batterie, basse, guitare, clavier, platine/pads) reprend les codes de la mise en scène rock tandis que les œuvres émettent des sonorités dubstep. Je me suis entretenu avec le controllerist du groupe, pour en savoir plus sur sa pratique et vous livrer ce qu’il faut absolument savoir lorsqu’on se lance dans le live.

ÖRFAZ est un groupe de 4 amis de région parisienne, tous musiciens et producteurs de musique électronique et réunis autour de l’envie de jouer en live leurs productions orientées bass music. Leur formation actuelle date de 2009. Ce n’est, cependant, qu’en 2011, après une période de composition, d’expérimentations et de fusions des influences de chacun, qu’ÖRFAZ est apparu sur scène pour la première fois. L’idée du groupe est de proposer un set conçu comme un ensemble homogène, tel que le ferait un DJ, tout en offrant une présence aussi dynamique que celle d’un groupe d’instrumentistes. Leurs influences sont nombreuses (hip-hop, jazz, dub, drum’n’bass, etc.) et aboutissent à des contrastes musicaux intéressants, où la puissance du couple batterie/basse côtoie parfois des mélodies légères. ÖRFAZ a auto-produit son premier 4 titres en 2012 (Magnetik EP) et un 2 titres en 2013 (Rolleen’ EP). Après avoir signé chez Play Me Records, ils sortent Home Run EP en 2014.

Le choix du setup

En guise de matériel, Julien, le controllerist du groupe, se contente d’un setup relativement simple : un laptop et un Maschine Mikro. Avec son Mikro, il contrôle une instance de Kontakt ouverte dans Ableton Live plutôt que d’utiliser le logiciel Maschine . Julien m’explique : “Parce que le changement de page pour, admettons, passer d’une page 1 avec 16 sons sur 16 pads à une page 2 avec d’autres sons prenait trop de temps avec le logiciel Maschine”, Il ne s’agit pas là du nombre d’actions à effectuer, mais d’un problème de latence : “En fait quand j’appuie sur le bouton, le changement de page doit parfois être quasi-instantané sinon ça me met dedans, et bizarrement sur Maschine on a eu ce problème”. En supplément, il utilise une platine contrôlant Serato via le Serato sl3, ainsi qu’une table de mix Vestax PMC-05proIV pour avoir la possibilité de scratcher ou faire des cuts sur les samples. Il emploi également, lorsque nécessaire, un Ipad avec Lemur pour contrôler des filtres et des délais situés dans Live.

Pourquoi ce setup ? Quel a été son cheminement au travers des différents contrôleurs disponibles sur le marché ?
“Je suis parti d’un Roland SP-555 qui avait la drôle de fonction de pouvoir déclencher un filtre avec un capteur et des mouvements de mains. Après on a commencé à vouloir fonctionner avec des contrôleurs pour pouvoir tout relier et tout simplifier. Du coup, je me suis mis sur un AKAÏ MPD32, puis finalement Maschine Mikro qui offre la possibilité de rétro-éclairer les pads”. Il ne manquera pas de préciser, sur le ton de l’humour : “ça rend mon jeu plus évident pour les connards du public”.

SP-555

Le SP-555, un des premiers appareils d’Örfaz dédié au déclenchement de samples.

Sous ce trait d’humour se cache toutefois une réalité. Le controllerism, dont fait partie le finger-drumming sur pads, participe à donner au geste humain une place importante dans la performance de musique électronique. Encore faut-il que le public comprenne la signification du geste effectué, qu’il évalue correctement la relation entretenue entre les gestes effectués et le déroulement de la musique. Pour y parvenir, les membres d’Örfaz ont adoptés une stratégie judicieuse :
“En fait, c’est très récemment qu’on a réfléchi à ça, et en regardant des performances d’autres artistes aux pads on s’est dit qu’il fallait amplifier les gestes au maximum, incliner le clavier de Matthieu vers les spectateurs, et prendre les pads rétro-éclairés qui sont tous bleus et deviennent rouges quand je les tape !”

L’orientation des instruments donne une information précieuse à l’auditoire, puisqu’elle permet d’identifier plus précisément la partie jouée par chacun des musiciens. L’amplification des gestes, en plus de donner une dimension scénique digne d’un rock band, fournie des indices supplémentaires pour l’identification :
“Le réflexe de certaines personnes c’est de ne pas croire que l’on joue en live simplement parce qu’elles n’identifient pas ou pas bien ce que l’on fait”.

Composition

Au cœur des préoccupations des controllerists se trouve également la problématique liée aux degrés de préparation et d’improvisation. Comment Örfaz prépare-t-il ses performances ? Comment Julien organise-t-il ses samples et donc, ses actions ? Ce dernier décrit sa pratique ainsi :
“En fait on commence par composer, puis on détermine qui joue quoi quand c’est nécessaire de le faire. Ensuite pour les pads on découpe tous les samples de synthés ou de voix par exemple, on les rentre dans un instrument de Kontakt que l’on sauvegarde, et après il ne reste plus qu’à choisir quel son doit être sur quel pad et bien sûr à travailler les parties pour tout rejouer en live”.
Il s’agit là d’un processus de création étonnamment traditionnel faisant précéder l’étape de la performance par une étape de composition : “La partie studio est le moment où nous créons les sons qui seront ensuite joués ou déclenchés en live. Une partie création, une partie exécution”. Les deux mondes semblant être parfaitement distincts dans les propos du controllerist, j’ai voulu en savoir plus en lui posant la question suivante : Est-ce que vous prenez en compte la partie exécution au moment de la composition ou, au contraire, vous occultez la dimension performancielle et essayez d’avoir la track la plus aboutie possible, pour ensuite résoudre le casse tête de la conversion vers le live ? Julien, qui n’a pas manqué de saluer ma vivacité d’esprit, m’a répondu ainsi :
“En réalité, on est à mi-chemin. On ne se pose pas la question, mais on garde toujours la contrainte en tête quand même. Si quelque chose n’est pas assez “musical” ou nous semble pauvre à jouer, on le retravaille”.
Si une certaine conscience de la réalité de la performance poursuit les artistes au moment de la composition, la préparation des oeuvres laisse très peu de place à l’improvisation : “Pour l’impro, comme notre concept est de rejouer nos morceaux le plus fidèlement possible aux tracks qu’on sort, elle est quasi-inexistante”. Örfaz propose ici une démarche qui fait penser au concept d’authenticité dans l’idéologie rock (voir Simon Frith et Philip Auslander). Cependant, le concept d’authenticité dans la musique rock renvoie à une position artistique opposée, d’une certaine manière, à l’usage de la technologie dans la performance. Örfaz ne s’oppose pas à la technologie, il l’adapte à ses besoins pour intégrer à bon escient le caractère virtuose de la performance humaine.

Miser sur la préparation est un choix que les fans d’Örfaz ne regrettent sûrement pas, car, même si le futur peut nous réserver des chemins où l’inattendu a un rôle à jouer, les artistes cherchent avant tout la précision : “En fait sur les structures, tout est déjà fixé et pas modifiable en live. Après, tout le monde peut se permettre quelques petits bémols, mais ça reste généralement très subtil à l’écoute”. Dans “Red Leeps” (Rolleen’ EP, 2013), Örfaz avait montré qu’il était possible de faire de la très bonne EDM entièrement exécutée sur scène. La performance, que l’on peut observer dans cette vidéo capturée pendant un concert à Annecy, requiert une parfaite précision dans les déclenchements.

Performance

Après quelques années de concerts, Örfaz a acquis de l’expérience. Parmi les tonnes de choses qu’il a apprises, Julien a accepté de nous en dévoiler quelques unes :

  • Il est impossible de se concentrer quand on a bu;
  • Le travail de répétition peut parfois être hardcore;
  • L’importance du jeu de scène;
  • Apprendre à supporter les 3 autres connards.

Bien sûr, il peut arriver que le hasard vienne troubler le jeu. Contrairement à une performance basée sur l’acoustique ou l’électrique, l’informatique connaît encore des problèmes de stabilité. Comme je le précisais dans un article précédent (vous remarquerez que la modération d’alcool fait aussi partie du menu), Il arrivera un jour où quelque chose ne marchera pas. Ce ne sera pas parce que vous avez oublié ou cassé quelque chose, mais parce qu’il est rare qu’un logiciel soit exempt de bugs. Les bugs, Örfaz connait :
“En fait on en a eu plusieurs ! Surtout au début ! Les modules de batterie qui foiraient, des connexions entre ordis… Du coup on a enregistré des ‘spares’ au cas où, mais on n’en a pas eu besoin depuis notre dernière config heureusement ! Pour l’anecdote, un de nos premiers concerts, on jouait à la Dame du Canton (péniche à côté du Batofar) devant notre tourneuse, qui venait de nous accepter chez Migal Productions, et au deuxième morceau du set les pads de batterie plantent. Du coup Gauthier a tout joué en acoustique et a donc bien bourriné sa batterie, pour un résultat plutôt drôle mais efficace ! Tout le monde n’a pas pu rentrer ce soir là car le bateau tanguait de trop, on s’en souvient bien de cette date”.

Les projets d’Örfaz pour la scène sont en grande partie articulés autour de la dimension visuelle : “On va essayer de penser à un décor je pense, une ambiance. On va aussi travailler avec une ingé lumière pour un show light digne de ce nom très prochainement”. En attendant leurs prochaines dates, vous pouvez voir une nouvelle fois de quoi ça à l’air dans le clip du morceau éponyme de leur dernier EP, Home Run :

Vous pouvez écouter Örfaz sur soundcloud, les suivre sur Twitter, ou encore les liker sur Facebook. Sur leur site, vous trouverez les liens nécessaires si vous désirez acheter leurs tracks sur Itunes, Beatport ou Bandcamp.

Et vous ? Comment organisez-vous votre pratique pour le live ? N’hésitez pas à poser vos questions ou à faire des commentaires juste en dessous !


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