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Entrevue leonxleon

Publié le novembre 24th, 2014 | par Aken

Devenir un meilleur DJ : Entrevue avec LeonxLeon

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Après une première entrevue palpitante du controllerist d’Örfaz, qui abordait le rôle du geste dans la performance de musiques électroniques, j’ai voulu réitérer l’expérience en interviewant un autre artiste français en devenir. LeonxLeon, porte étendard parisien des récentes formes électro du disco revival, est un talentueux DJ et producteur qui nous livre ici quelques secrets de la réussite.

LeonxLeon est un jeune producteur parisien qui a commencé à composer de la musique électronique en 2004. Après quelques années à faire de la musique électronique en dilettante dans son homestudio, c’est en postant ses morceaux sur Soundcloud qu’il attire l’attention, malgré ses 50 et quelques followers, du patron d’un label de Manchester spécialisé dans la disco électronique d’inspiration italo-disco et proto-house, Red Laser Records. Autant inspiré par les débuts de la musique électronique “dansante” que par la techno de Detroit ou la scène hollandaise des années 2000, LeonxLeon compose une musique électronique plutôt lente pour les clubs. Ses mélodies, souvent mélancoliques, sont caractéristiques de l’italo-disco, courant parfois aussi surnommé “disco triste”. Après des apparitions sur des vinyls “various” de Red Laser (UK) et quelques morceaux sortis uniquement en digital chez Emerald and Doreen (Berlin), il s’apprête à sortir, en Janvier 2015, son premier EP solo chez Red Laser.

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Le grand saut

Découvert pour ses talents de producteur, LeonxLeon, décide en 2014 de se tourner vers le live. Pour celui qui avait l’habitude de spinner des disques dont certains pouvaient contenir ses propres créations, il s’agit d’un défi de taille : “Je sentais bien que ça allait être difficile de faire le compromis entre un son très « studio » et l’envie d’insuffler l’énergie qu’on attends d’un live, car à la base je joue pas de piano, je fais de la batterie et je voulais pas juste tourner des boutons. Ma musique est très studio, je suis vraiment obsédé par les détails et le live c’est tout sauf le contrôle absolu”.

La musique live, comme le controllerism, est une pratique si éloignée du DJaying traditionnel que s’y exercer sonne presque comme une reconversion : “En plus, je sais que je dois jouer tout seul; personne sur qui me reposer… et puis tu t’exposes énormément, tu joues tes propres morceaux, […] je n’ai pas ressenti un besoin fou de jouer en live quoi. C’était plutôt ‘Et merde il va falloir faire du live'”. Propos à la fois étonnants et touchants de mon point de vue. Bien qu’il n’est pas habituel de rencontrer des artistes qui avouent opérer sous la contrainte, il est tout aussi rare d’être confronté à des témoignages aussi lucides. La pratique du controllerism est extrêmement exigeante lorsque l’on a le désir de bien faire. Les possibilités techniques sont infinies, l’intellect est sévèrement sollicité et les gestes savamment coordonnés tout au long de la performance. Il paraît donc d’autant plus naturel pour un DJ de redouter la remise en question totale de sa pratique pour un rendu qui ne diffère parfois pas réellement aux yeux du public : “Je suis persuadé qu’il y a bien la moitié des gens qui ne font pas la différence entre un DJ set et un live en club.”

Pourquoi, alors, se lancer dans le controllerism lorsqu’on est un DJ expérimenté ? Pourquoi fournir tous ces efforts supplémentaires ? Pour LeonxLeon, il s’agissait d’un concours de circonstances : “Dès que ça a commencé à devenir sérieux, j’ai senti que j’y viendrais. Par exemple à l’époque on avait une résidence à l’international avec Les Yeux Oranges et il fallait programmer deux lives par soir puis un DJ set. On ne trouvait pas grand monde qui nous plaisait et qui correspondait à notre budget alors je l’ai fait. Ensuite, des amis qui faisaient un festival à Montreuil m’ont demandé de jouer pour eux en spécifiant qu’ils préféraient avoir des lives, j’ai donc accepté. Je savais aussi que certains labels invitent leurs artistes pour des soirées seulement si c’est des lives. Enfin c’est ce que m’a dit le boss du label ou c’est ce que j’ai cru comprendre… Et puis quand tu dis que tu joues live, on te prends plus au sérieux, en plus ça fait bouger plus facilement les potes que pour un DJ set”.

Le setup

LeonxLeon décide d’opter pour un setup que l’on pourrait qualifier de mixte, composé de synthétiseurs et de contrôleurs MIDI. Ce dernier utilise notamment un Juno Alpha-1, un BCR2000 “pour modifier plus facilement les paramètres du juno en temps réel” et un Push pour contrôler Ableton sur le laptop. Batteur de formation, il utilise également un Yamaha DXT-Multi 12 ainsi que ses baguettes de batterie. Il avoue cependant ne pas abandonner les platines, objets qu’il affectionne particulièrement : “J’aime bien squatter la platine vinyle du club pour passer un ou deux disques pendant mon set. Je laisse tourner une boucle de mon live set et je cale le disque en vitesse, ou je demande à un pote de confiance de caler le disque. Je joue un disque dont je connais le bpm et je met la platine [NDLR : le pitch de la platine] à 0. Je re-synchronise si j’ai pas lancé parfaitement, sans retoucher au pitch”. Méthode peu orthodoxe, mais totalement assumée : “Les transitions sont globalement assez rapides mais oui, c’est un peu bizarre de jouer des morceaux “étrangers” pendant mon live set, je le fais qu’une fois ou deux, grand max. Ce sont des morceaux qui ont un rapport direct avec mon set, genre ceux dont je me suis directement inspiré.”

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Le Yamaha DXT-Multi 12, la mini batterie électronique de LeonxLeon

Performance

Dans mon entrevue avec un membre d’Örfaz, nous avions vu que le groupe composait en premier lieu sa musique en entier puis la “découpait” pour le live en distribuant les éléments entre les musiciens. La conscience des impératifs et contraintes du live survenaient qu’en cas de difficulté à reproduire ce que l’étape de composition avait rigoureusement prévu. La méthode de LeonxLeon semble être similaire : “Quand je compose, je pense pas du tout live. Quand je prépare mon live j’essaie de  couper mes tracks en maxi 5/6 pistes cohérentes, souvent avec une piste unique pour le kick, une pour la basse, etc. J’essaie de ne pas en avoir trop car je me rends compte qu’en fait je retouche quasiment jamais la structure des morceaux sur scène… je me dis jamais, comme je pourrais tout à fait le faire, ‘tiens, essayons de combiner la basse d’un moment du morceau avec la rythmique ou le lead d’un autre'”.

Bien qu’il avoue envisager de penser au live lors des processus de création futurs, peu de place est alloué à l’improvisation : “C’est mes tracks ‘album’ que je joue en live, donc je les ai composées en pensant ‘album’. Idéalement je devrais rendre les stems bruts et mettre les effets dessus pour qu’ils soient calculés pendant le show, mais l’ordi que j’utilise est pas assez puissant, et j’ai besoin de certains effets en live comme la compression sidechain, donc j’ai fait des choix. Par contre, j’abandonne souvent les percussions et les toms, car pendant une grosse partie de mon set je joue moi-même les percus.” L’artiste, qui peut enfin exprimer sa fibre d’instrumentiste sur scène, me confie ressentir un certain plaisir à jouer de sa batterie électronique. Parfois il s’essaye au clavier, mais ce n’est pas son domaine de prédilection. Il joue notamment “les leads quand ils sont très présents dans la track et relativement simples . Je prends souvent le contrôle des paramètres du synthé pour ajuster le son de basse, genre cutoff, decay, env mod, tout ce qui a un gros impact sur le son”. À l’aise pour le calage et les parties rythmiques, rejouer ses leads en direct au synthé constitue pour lui le plus gros challenge : “Même en m’entraînant avant, il m’arrive de faire une fausse note, mais je continue à le faire car c’est un vrai plaisir”.

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Question traitement sonore, l’artiste s’organise de sorte à ce que tout soit correctement entendu par son auditoire : “Pendant les balances j’écoute attentivement mes morceaux, après chaque stem est traité comme sur le son ‘album’, donc les EQs etc, sont déjà en place. Je rajoute juste un EQ global pour m’adapter à la pièce, si je trouve que les basses sortent trop par exemple. Je met toujours un limiteur avant ma sortie aussi, pour éviter toute saturation. Je sors une seule piste vers l’ingé son, car j’aime avoir la main sur les niveaux, et pour le synthé que je joue en live, il repasse par Ableton. Dessus, il y a un EQ, une petite reverb et une compression sidechain. Il y a aussi un limiteur dédié car j’ai vite fais de m’enflammer quand je règle la basse pendant la performance. En situation club, un des éléments les plus important c’est le kick, d’où le sidechain. Un très bon morceau avec un kick qui ne ressort pas risque de ne pas marcher, surtout auprès des gens qui se trouveraient là un peu par hasard. Des hi-hats très présents sont aussi très important je trouve, ce qu’il y a entre les deux on va dire que c’est pour les puristes [rires]”.

Quand on lui demande les pires problèmes rencontrés, LeonxLeon prouve qu’il est un artiste bien préparé, et probablement un peu chanceux aussi : “J’ai jamais eu de gros soucis. Ça m’est déjà arrivé de rater le déclenchement d’une partie, car à l’époque j’utilisais pas les ‘follow action’ d’Ableton, du coup si tu fais rien ça repart au début de la boucle, et là les gens ont eu le break deux fois de suite. Rien de bien grave. Une autre fois, j’ai trouvé que le kick sonnait mal, comme si il y avait une réverb dessus. Du coup, je suis descendu dans le public pendant le live pour checker, mais ça allait, c’était à cause de la position où j’étais, les retours de mauvaise qualité. Je fais souvent ça quand je mixe aussi, je trouve la qualité du son presque aussi importante que son contenu, et pour le moment j’ai rarement un ingé son dédié”.

Carrière

LeonxLeon est un cas particulier dans le milieu des DJs. Passionné par l’italo disco, il se consacre premièrement à la création pendant ses loisirs, en marge de ses études de médecine. Toujours étudiant, il a une vision réfléchie de la carrière musicale : “Je trouve que c’est dur si on en attend trop. J’ai eu la chance de ne pas en dépendre pour vivre et de ne pas me faire trop d’illusions sur ce que je fais. Ça reste un style de musique assez confidentiel, même les gens les plus connus dans mon style n’en vivent pas, ou peut-être uniquement Todd Terje… Ce que j’ai appris c’est que quand tu es booké directement par le club ce n’est pas pour ta musique. Si tu n’es pas très connu, et c’est loin d’être mon cas, même dans des bons clubs on compte juste sur toi pour ramener des gens, faire la promo et jouer un son qui corresponde vaguement à de la musique électronique. Le mieux c’est d’être booké par des collectifs qui ont leur propre audience, les gens viendront pour la musique, même si ils te connaissent pas. Ou même de jouer complètement under the radar sans son nom sur le lineup, ça fait partie des soirées où je me suis le plus amusé”.

Ce détachement vis à vis de la célébrité, dont fait preuve LeonxLeon, est une attitude qui fait figure de rebelle à l’ère du selfie. Dans un monde où le marché de la musique est saturé et où tout le monde peut désormais s’improviser DJ, le rationnel Leon X Leon connait ses priorités : “Par définition, un boulot c’est quelque chose que tu n’as pas envie de faire sans contrepartie, la musique c’est assez marrant pour que pas mal de gens acceptent de le faire gratuitement. Quand tu es payé c’est parfois davantage pour la partie communication. Je pense que tout travail mérite salaire, mais à partir du moment où c’est accessible et amusant, il ne faut pas s’étonner que ça ne paye pas trop.”

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LeonxLeon, de passage au célèbre Batofar (Paris)

Pour se démarquer et vivre de sa passion, un Dj/musicien à besoin de travailler plus que la normale, de se dévouer corps et âme, de remettre constamment son art en question et de toujours chercher le perfectionnement. Pourtant, même lorsqu’on est passionné, quand on mise tout sur la pratique musicale, on est parfois amené à se corrompre pour manger, un mal dont ne souffre pas LeonxLeon : “Tout ça c’est parce que j’ai un boulot à côté, sinon je verrais les choses autrement. Ça me permet de pas faire de musique en me demandant si ça va marcher… enfin je me demande, mais mon but premier c’est de plaire aux gens dont l’avis est important, aka les gens qui sont dans mon univers musical. Après si un morceau plaît à des gens qui ne sont pas dans cet univers je suis ravi, mais c’est pas le but. Mon but, dès le début, c’est de pas faire de compromis. Rien à foutre de mettre des voix pour élargir l’audience, etc. Mes morceaux font tous sept minutes mini donc oublie les diffusions radio. Le but c’est de plaire à l’amateur éclairé qui reconnaîtra les synthés, les clins d’oeil… Il m’arrive de faire des compromis quand je fais un morceau destiné à être joué en club, donc pour un public pas forcément averti. Mais ça rentre plus en compte au niveau de la production qu’à celui de la création ‘artistique’, genre sur la longueur des breaks et le kick que je vais insérer”.

Conseils

Vous êtes DJ ou controllerist débutant ? Vous tournez déjà un peu et ne savez pas comment percer ? Ces quelques conseils de LeonxLeon pourraient vous guider : “Il faut avoir le courage d’aller jusqu’au bout de ses embryons de prod et de les mettre à disposition sur internet. Le truc le plus important, c’est pas le logiciel, c’est pas les VSTs, c’est pas les synthés, c’est de bonnes enceintes de monitoring et un bon casque. Il faut pas hésiter non plus à s’inspirer fortement des morceaux qu’on aime, y’a rien de mieux pour progresser. Si t’as le courage, par exemple, de reproduire une track à 100%, t’apprends énormément de choses”.

Vous pouvez écouter du LeonxLeon sur son soundcloud :

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