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Entrevue busking

Publié le décembre 21st, 2014 | par Aken

Busking électronique : Tout ce que vous devez savoir

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Le busking est l’art de la performance de rue. Généralement associé aux musiciens, le terme est utilisé partout dans le monde pour désigner ces personnes qu’il vous arrive de croiser dans les grandes villes, sur les places publiques, dans les rues ou dans le métro. En général aussi, on associe la pratique à l’économie de moyens : une guitare, un micro, un ampli… mais que se passe-t-il lorsqu’on veut s’essayer au busking avec des instruments électroniques ? Dans ce dossier spécial DJTUTO, vous allez tout savoir sur la pratique du busking électronique.

Le présent article propose une traduction d’une entrevue initialement réalisée en anglais par Julie Covello, alias DJ Shakey, et publiée en début d’année sur controllerism.com. J’ai décidé de la traduire en prenant soin de retranscrire le plus fidèlement les propos de Scott Hampton, alias Exaltron. J’ai délibérément omis quelques petits passages qui n’étaient pas pertinents, mais pratiquement tout y est :)
Comme je n’ai pas moi-même effectué l’entrevue, je me suis contenté d’introduire les réponses de l’interviewé plutôt que de développer une réflexion comme je fais d’habitude. L’objectif était de conserver l’unité du document pour vous en donner le plus possible, car, vous allez le voir, ce qu’il dit est très très intéressant. Bonne lecture.

Le setup

Le setup d’Exaltron est typique du setup du controllerist. Un laptop et des contrôleurs MIDI. Ici il est intéressant de voir les choix de l’artiste pour mettre en valeur le geste humain dans sa musique.

Quand je joue en tant qu’Exaltron, j’utilise un laptop avec Ableton Live pour les beats et boucler mon jeu à la trompette, à la guitare ainsi que ma voix. Je fais aussi du controllerism avec le Quneo en remixant les boucles que je crées à la volée. Je fais aussi du finger-drumming. Je pioche dans beaucoup de styles différents, comme l’afro beat, la funk, le jazz, la musique latine et quelques trucs bizarres qui sortent de nulle part. J’adore mélanger des compositions très poussées avec de l’impro. Je ne fais pas vraiment de covers mais je fais souvent ce que j’appelle “deep sampling”, c’est à dire prendre des éléments de différentes musiques et d’apprendre à les reproduire sur mes instruments, comme ça je peux faire une sorte de mashup avec mes propres compositions. C’est fun de se demander si les gens vont reconnaître une track obscure des années 80 ou une mélodie issue d’un vieux standard du jazz.

Le Quneo de la firme Keith MCmillen. Un contrôleur MIDI qui gère notamment le XY sur chaque pad.

softstep

Le Softstep de KMI, un contrôleur MIDI pour les pieds.

En plus du Quneo, j’utilise un Axon AX50 couplé à un pickup Roland pour faire de la guitare MIDI, et un KMI Softstep [image au dessus] pour déclencher les boucles et les effets. J’ai aussi fabriqué ma propre talkbox avec de la fibre optique. Les gens réagissent bien à ce truc, sauf une fois où quelqu’un l’a comparé à un autotune, ce qui n’a pas été très agréable à entendre.

Pourquoi le busking ?

La décision de Scott de se mettre au busking provient du genre de déceptions que tout DJ a déjà rencontré dans sa vie : devoir promouvoir ses shows, se confronter aux exigences d’organisateurs pas forcément en accord avec son art, etc… Parfois la qualité de la prestation en subit les conséquences.

J’étais principalement motivé par la perspective de générer une plus large audience en dehors du circuit typique des fans de musique électronique à New York. J’ai l’impression que ce que je fais peut avoir de l’intérêt en dehors de la scène électronique. Je passais mon temps à essayer de trouver des gigs de qualité, à promouvoir mes shows en suppliant les gens de sortir, mais ça finissait, après tous ces efforts, à des soirées avec un public de quelques amis où tout l’argent allait au bar. Alors je me suis dit que je pourrais créer mes propres évènements dans le métro ou dans le parc. Ça me permettrait d’être libre et autonome.

Préparation

[Pour les sources d’information] J’ai principalement consulté internet vu que je ne connaissait personne qui faisait du busking à part Underground Horns et quelques chanteurs/paroliers. Étant donné que ces artistes n’utilisent pas d’ampli, ils se produisent avec des contraintes complètement différentes des miennes.

Exaltron

Selon Scott Hampton, la meilleure façon de commencer est de consulter le site qui détaille les règles régissant les artistes de rue ou de métro de sa ville. Pour lui ça a été le site du MTA (métro New-yorkais) ainsi que ce précieux guide en anglais : A Guide for Street Performers.

[…] En pratique, j’ai compris que tant que tu n’empêches pas les gens de circuler, que tu ne joues pas excessivement fort et que tu n’attires pas une trop grosse foule, les policiers ne vont pas te harceler. […] Si tu joues à des endroits où d’autres artistes ont l’habitude de jouer, tu devrais être tranquille.

Quand est venu le temps de concevoir l’équipement, j’étais un peu à court lorsqu’il a fallu trouver une source d’énergie alimentée par des piles. Je savais où avoir des piles puissantes, mais je n’avais aucune idée sur la manière de calculer la puissance nécessaire pour faire tourner mon setup. J’ai eu la possibilité de parler avec Moldover au téléphone et il m’a plugé avec un type incroyable, un vétéran du Warper Party nommé Onyx Ashanti.

Ce nom vous dit quelque chose ? Peut-être bien, nous avons déjà consacré deux articles à son sujet ici et .

Onyx Ashanti faisait quelque chose de similaire à ce que je voulais faire. Je l’ai contacté et il était justement en train de rédiger un guide au sujet du busking pour les musiciens électroniques nommé “A 21st Century Musicians Guide to Street Busking” qui est désormais en ligne et que vous pouvez télécharger ici [c’est en anglais !].

Obstacles

Honnêtement, les pires ennuis que j’ai eu sont provenus de mon matos. La première fois, ça a été une des roues de mon attelage qui s’est détachée. Comme elle supportait tout mon équipement, j’ai été a peine capable de ramener l’ensemble dans le métro et de rentrer chez moi sans avoir à payer 50$ de taxi. Le deuxième gros coup dur est que, même avec deux batteries de 12 volts géantes, je ne peux jouer que pendant une heure avant que l’alimentation s’interrompt. Le couple ampli/enceintes pourrait probablement tourner plus longtemps, genre six ou huit heures, mais faire tourner une interface firewire et d’autres éléments matériels de ce type requiert des batteries pleines. Un truc que je n’ai pas essayé est de jouer une heure puis d’essayer une recharge rapide, genre dans un Starbucks. Si il s’avère que ça pourrait marcher, j’en aurais plus pour mon argent, car ça demande beaucoup d’efforts de transporter tout cet équipement pour jouer seulement une heure.

J’ai été surpris du peu d’ennuis rencontrés en dehors des problèmes liés au matériel. Je m’attendais à plein de merdes venant de la police et j’étais aussi préoccupé par mon exposition à la foule et de sa réaction face à de la musique bizarre. En ce qui concerne les New-yorkais, ça en demande beaucoup avant qu’ils se sentent concernés ou qu’ils cherchent la confrontation. Apparemment, si ils n’aiment pas ce que je fais ils m’ignorent simplement ou éventuellement se moquent de moi en mimant une danse idiote, comme on peut le voir dans le mini documentaire sur moi [voir ci-dessous].

On ne m’a jamais rien volé et je ne me suis jamais senti agressé, mais j’ai aussi tendance à garder mon sac à donations relativement près de mon équipement. La distance à laquelle tu dois mettre ton sac à donations est un sujet récurrent parmi les buskers. Un certain nombre d’entre eux s’accordent à dire que les gens seront moins susceptible de donner si ils doivent s’approcher trop près de toi.

Les avantages du busking

[…] Le busking te fait réaliser que jouer pour ta propre scène est un luxe. Ceux qui sont fans de musique électronique ou de controllerism vont apprécier ce que tu fais à un plus haut niveau que ceux qui ne sont pas familier à ce style d’art. Dans ce sens, je peux dire que ça m’a donné beaucoup de confiance en moi lorsqu’il s’agissait d’accepter que quelque soit ta créativité, si tu restes authentique, des gens vont ne pas aimer ce que tu fais. Si tu n’arrives pas à accepter le fait que tu ne peux pas satisfaire tout le monde, alors ton art ne va pas être sincère. Par la même occasion, si tu ne te met pas en face d’un publique très varié, tu auras beaucoup plus de difficultés à cerner ceux qui pourraient se situer en dehors de ta présupposée scène.

Sur le plan financier, ce n’est pas grandiose. […] Je pense que le mieux que j’ai fais c’est 20$ en une heure, mais c’est rare. J’ai beaucoup de gens qui viennent me voir pour me poser des questions et me parler de leurs projets de dingue dans le business de la musique. Pour des raisons que j’ignore, ils se sentent obligés de faire tout un tas de promesses à propos de ce qu’ils envisagent de faire pour toi, mais, de mon expérience, 99% d’entre eux parlent pour rien.

L’autre truc que j’ai réalisé est que les gens adorent prendre des vidéos sur les téléphones. Généralement ils ne demandent ni ton nom de scène, ni ta permission pour te filmer. J’ai donc pris soin de mettre mon nom d’artiste bien en évidence, comme ça il apparaît automatiquement sur la vidéo.

Buskers vs buskers

En fait, la camaraderie existante parmi les buskers a été une surprise pour moi. Il y a une compétition pour les meilleurs spots, mais en général les autres artistes n’ont aucun problème à dire combien de temps ils comptent rester à leur place et où sont les autres endroits pour s’installer. Cela peut être vraiment bizarre si quelqu’un se place juste à côté de toi et vice-versa, personne n’a envie de faire de la compétition sur le volume. Je n’ai pas eu beaucoup de problèmes sur ce plan là. La plupart des autres performeurs tendent à être de très bons soutiens. Je pense que c’est parce qu’on sait tous à quel point c’est dur d’être un musicien et particulièrement dans les entrailles de New York.

Quand on lui demande si il recommande le busking pour un controllerist, Scott est sans concessions.

Oui, définitivement. Je me suis rendu compte que j’attirerais le plus l’attention et les réactions positives en jouant des instruments et en faisant de live looping, mais il s’avère que j’attire le plus de monde et d’argent quand je fais du remix live et du controllerism. […] C’est probablement une bonne combinaison d’improvisation et de performance où ils peuvent voir que certains boutons provoquent certaines actions musicales, mais il reste une énorme part d’inédit. Par ailleurs, tu as la possibilité de démontrer tes compétences, comme lorsque tu joues d’un instrument traditionnel, et les gens apprécient particulièrement lorsqu’ils décèlent des compétences chez un performeur. Je pense que ceux qui utilisent seulement un laptop et un contrôleur pourraient probablement jouer des heures avec un bon couple ampli/enceintes. Tant que ton laptop a une bonne batterie et que ton contrôleur ne consomme pas trop d’énergie sur l’USB, tu dois pouvoir jouer 4-6 heures, voire plus… en supposant qu’un hater comme Exaltron ne vienne pas te saboter par jalousie.

Vous pouvez en apprendre plus sur Exaltron à cette adresse : www.exaltron.com. Vous pouvez également aller faire un tour sur sa chaîne Youtube, mais c’est en anglais : www.youtube.com/user/exaltron. Enfinm si vous ne connaissiez pas le Quneo, je vous conseille de regarder à quoi ça ressemble à cette adresse.

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