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Dossiers BPM 2017, la story

Publié le février 1st, 2017 | par Aken

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BPM 2017 : Comment j’ai failli mourir au meilleur festival d’électro

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Il y a quelques jours s’est terminé un des plus festifs et côté des festivals de musique électronique au monde. J’y suis allé pour quelques jours afin d’assister à la fermeture de cette édition spéciale qui fêtait ses 10 ans. Qu’est-ce que le BPM Festival ? Pourquoi est-ce qu’il est si bien côté ? À quel niveau se situait l’édition 2017 ? Faut-il y aller en 2018 ? Les réponses à toutes ces questions dans cet article chaud comme la braise.

Qu’est-ce que le BPM Festival

Le BPM Festival est un festival de musique électronique qui a lieu chaque début d’année à Playa del Carmen, une ville balnéaire située sur la côte Est du Mexique, dans les caraïbes. Playa del Carmen est une ville principalement touristique, comme sa grande soeur Cancún, située juste au dessus. Une bonne partie d’entre vous a surement entendu parler de Cancún mais pas de Playa del Carmen avant aujourd’hui et c’est normal. Cancún est désormais une gigantesque ville avec des immenses hotels “all-inclusive”. C’est la ville qui accueille les spring breakers américains en masse chaque année ainsi qu’un nombre important de touristes fortunés des USA et Canada.

Carte du Mexique

Complètement à droite, Playa del Carmen

Playa del Carmen est une ville balnéaire qui s’est développée beaucoup plus récemment. La plupart des commerces et hotels que vous allez croiser n’existaient pas il y a 15 ans. C’est, en fait, presque un village comparé à Cancún. Playa est principalement visitée par des touristes américains, mais on y croise aussi des touristes européens en quête de plus d'”authenticité”. On y rencontre aussi plus de population locale puisque la ville contient encore beaucoup d’habitations d’origine.

Plage de Playa del Carmen - BPM 2017

Playa del Carmen est donc un petit paradis fait de plages au sable fin, de restaurants de toutes sortes et d’hotels et clubs de tailles réduites/moyennes. C’est dans cet endroit où il fait beau toute l’année que le BPM Festival a décidé de s’installer il y a 10 ans pour y ramener les DJs les plus trendy et aussi les danceurs les plus fortunés du globe. Au départ, le festival se voulait comme le premier grand festival électro après les fêtes de fin d’année, 10 ans plus tard, c’est 80 000 danceurs et près de 400 artistes qui ont partagé les nombreux dancefloors et plages de Playa pendant 10 jours de festivités ininterrompues. Chaque jour, on pouvait compter entre 7 et 12 fêtes officielles et des tonnes d’évènements non-officiels ou improvisés sur les plages ou dans les rues de la ville.

La quinta à Playa del Carmen - BPM 2017

La fête électronique selon le BPM

Si vous êtes habitué des raves, des festivals, des soirées underground ou non, des clubs selects ou non, des bars branchés ou non et que vous n’avez pas fait le BPM, alors vous ne pouvez pas savoir à quel point ce festival est supérieur.

Mais heureusement que je suis là pour vous expliquer.

Le concept du BPM est d’inviter un maximum de DJs et de remplir les bars et clubs de la ville pendant 10 jours. Donc imaginez déjà une ville entière en permanence en train de passer de la house/techno. Les bars, les restaurants, les épiciers, les taxis… Vous sortez d’une après-midi dans un bar de plage où vous avez vu mixer un DJ international, vous vous dites que vous allez rentrer 2/3h vous reposer avant le party du soir, vous marchez sur la quinta (la rue principale de Playa del Carmen située juste au dessus des hotels et bars bordant la plage, voir image ci-dessus) et vous voyez une foule qui s’accumule devant un petit bar… Merde, pas de repos pour aujourd’hui.

Party sur la Quinta - BPM 017

Concernant les évènements strictement officiels, il y en avait en moyenne 4 en même temps l’après-midi (midi – 21h) et en moyenne 4 en même temps le soir (22h – 6h). Ils se déroulaient souvent aux mêmes endroits, c’est à dire des bars situés tout au long de la ville au bord de la plage. Chaque évènement séparé proposait un lineup de fou, était cher (entre 40 et 70 $) et n’accueillait qu’en majorité des étrangers, des gens pour la plupart riches et beaux. L’ambiance était incroyable malgré tout, pas vraiment snob “je viens pour me montrer”, et bien sûr pas trash non plus, mais plutôt festif et décontracté. La plupart des locaux ne peuvent pas se payer les soirées mais font la fête sur les parties de la plage qui ne sont pas réservées, ce qui revient au même en moins cher en fait, car on peut profiter du son, se baigner et boire ses propres consos. Je l’ai fait une après-midi et c’était génial, surtout qu’il est beaucoup plus facile de se faire des amis de cette manière que quand vous êtes en train de danser devant un DJ.

Votre fidèle serviteur - BPM 2017

Votre fidèle serviteur au BPM 2017

The Jungle, pinacle du BPM

Une des soirées qui surclasse toute les autres se nome The Jungle (c’est précisément le nom du lieu). C’est un endroit un peu excentré qui n’est accessible qu’en transport motorisé. Vous pouvez aussi le faire à vélo mais vous avez à peu près 100% de chances de vous faire tuer sur la route. Une fois arrivé là-bas, une file immense s’accumule devant le complexe d’un côté de la route, tandis que de l’autre côté des marchands proposent alcool, cigarettes, eau, etc. tout en diffusant de l’électro le plus fort possible dans leurs speakers. Les minutes qui séparent votre arrivée de votre entrée dans The Jungle sont marquées par un mélange d’émmerveillement et de peur que suscite l’espèce de bordel monstre qui vous entoure. De nombreuses personnes traversent pour faire leurs achats de dernière minute pendant qu’une légion de taxis manoeuvre pour déposer les nouveaux arrivants.

Entrée de The Jungle - BPM 2017

Entrée de The Jungle lors du BPM

À l’intérieur, c’est comme un immense parc avec des immenses stands d’alcool et de bouffe. des bancs, des trucs enflammés de partout, des lits, des sofas et même une zone réservée aux toilettes avec au moins une trentaine de cabines régulièrement nettoyées. Ceux qui ont déjà fait un évènement à Montréal comprendront à quel point ce détail est important (kikko @ 2 cabines remplies de merde et de vomi pour des milliers de personnes @ Piknic Electronik). Sur les cotés, opposés l’un à l’autre, deux scènes de tailles et d’ambiances différentes. La grande scène est un chapiteau noir de monde où se succèdent généralement les main DJs. La musique y est un peu répétitive et forte. La petite scène est plus conviviale et aussi beaucoup plus jolie avec ses boules à facettes suspendues et son cadre tropical (photo ci-dessous). Les DJs qui y passent sont globalement moins importants que sur la scène internationale mais la qualité est au rendez-vous.

Petite scène - BPM 2017

Bien que l’endroit souffre d’un petit déficit de plage, il reste le meilleur où aller lors du BPM. C’est spacieux, il y a de nombreuses aires de repos et il est donc très facile d’alterner entre l’intensité du dancefloor et la tranquilité des zones intermédiaires. C’est un peu une sorte de Burning Man de la jungle à échelle réduite.

Drogue, mafia et règlements de compte

Car tout n’est pas rose, en tout cas, tout ne l’était pas lors de cette édition. La première chose qui m’a frappé lorsque je suis arrivé à Playa del Carmen est l’absence totale de forces policières. Je ne suis pas contre hein. En fait, c’était même plutôt agréable, mais étonnant. On se dit “wouah, tout ce monde, tant de fête et d’alcool et de musique forte et d’activités et tout se passe bien, dans la bonne humeur !”. Puis les jours passent et on se rend compte d’une autre chose, c’est qu’il y a des dealers absolument partout. Dans la rue, sur les plages, dans les clubs, les bars, partout partout partout. Vous pouvez même demander de la drogue à votre chauffeur de taxi, il vous en fournira. On ne parle pas ici du deal craignos dans les barres d’immeubles en béton, mais malgré tout d’une athmosphère agréable où les psychotropes naturels ou de synthèse se vendent comme on vend des chips ou des souvenirs. À la Jungle, il s’agissait pratiquement d’un marché à ciel ouvert devant les toilettes, il ne manquait plus que les stands.

Si tout se passe bien, sans accroc et sans police, ce n’est pas pour 36 000 raisons différentes, mais bien une seule : la mafia. La ville est contrôlée et il y a un laissez faire assez remarquable et on ne s’en préoccupait pas vraiment jusqu’au closing du BPM le dimanche 15 janvier 2017.

Ce soir là il y avait deux grosses soirées qui fêtaient la fin du BPM, une au Blue Parrot, un club situé en bord de plage, et une au The Jungle. Avec mes amis on avait nos billets pour le Blue Parrot, mais un contact parmis les DJs du BPM nous attendait dans le club pour nous donner des pass pour The Jungle. Donc le programme était le suivant : après-midi au Martina Beach, petite sieste, Blue Parrot puis The Jungle. KO après le Martina, on a étendu notre sieste jusqu’à 2h du matin puis on s’est dirigé vers le Blue Parrot pour aller directement chercher les pass. On arrive au Blue Parrot à 2h30, et au moment de scanner les billets dans la fille d’attente, des coups de feu retentissent à quelques mètres de nous. Au début on pense plutôt à des feux d’artifice ou des pétards, mais le visage du videur nous transmet une emotion qui n’a rien à voir avec celle de la fête. On se regarde brièvement avec mes amis puis on se met à courir. À partir de ce moment là mes souvenirs sont flous. Mouvement de panique généralisé sur un fond de fusillade, je cours, quelqu’un s’effondre devant moi et me fait tomber, je me relève et vois la foule qui me rattrape. Je me relève au plus vite et continue à courir. Soudain une intersection et un choix à faire le plus vite possible : à gauche ou à droite ? Je choisi la gauche pour ne pas avoir à traverser la rue que je suis en train de fuir mais prend le risque de me retrouver en face d’un tireur, puisque celle-ci connecte avec l’arrière du Blue Parrot.

Quelques minutes plus tard je retrouve mon pote mais on ne sait pas ce qu’est devenue la fille qui était avec nous. Apres quelques longues minutes où je me perds dans la ville et me fais à moitié renverser par une voiture de police qui rush la scène de terreur, on fini par être tous rassemblés chez nous, à quelques rues seulement de la quinta. Nous sommes sain et sauf, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde dans ce règlement de compte qui a fait 5 morts et 15 blessés. On apprendra plus tard que l’assault a été revendiqué par un sous-groupe de Los Zetas, venu pour éliminer le patron du BPM, Phillip Pulitano, qui n’aurait pas été “dans la ligne”.

See you Playa del Carmen

Conclusion

Que dire, le BPM est très probablement le meilleur festival de musique électronique au monde. La programmation est incroyable, le lieu est époustouflant et la crowd, internationale comme locale, est particulièrement sympathique. Le bilan a été ultra positif jusqu’au dernier soir. Ce qui s’est passé ce soir là remet clairement en question un certain nombre de choses. Déjà il n’est pas sûr que le BPM soit reconduit à Playa del Carmen l’année prochaine. Ce n’est pas sûr qu’il soit reconduit au Mexique d’ailleurs. Cela remet aussi en question la sécurité dans les festivals de la région. À The Jungle, il y avait des contrôles poussés qui rendaient difficile la dissimulation d’une arme. Peut-être faudrait-il étendre cela à l’ensemble des établissements hébergeant des soirées officielles. Pour ce qui est de mon comportement de festivalier, rien ne changera. Même si le Blue Parrot a été un évènement marquant, je sais que j’ai plus de chance de mourir dans un crash d’avion que de me faire aléatoirement tuer en soirée, donc rien à foutre. On y retourne l’année prochaine !


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